‘Un petit jardin’ – Henri Matisse (1869 – 1954) au Stedelijk Museum d’Amsterdam.

La perruche et la sirène entouré du Nu aux bas vert et du vitrail de la Chapelle de Vence. Photo GJ.vanROOIJ
La perruche et la sirène entouré du Nu aux bas vert et du vitrail de la Chapelle de Vence. Photo GJ.vanROOIJ

Cela commence par une petite salle modeste. Des tableaux sombres, illuminées par quelques taches de couleur. Jeux d’ombres et de lumière. Trois portraits de femme, trois natures mortes. Un Corot, un Breitner, un Cézanne, un (jeune) Mondrian, deux Matisse, La liseuse et Nature morte avec livres (tous deux de 1895). On voit le jeune peintre, âgé de 25 ans, qui cherche encore, jouant avec la lumière, les nuances de couleur.

Et cela se termine dans l’apothéose des grandes gouaches découpées et leurs dérivés (vitraux, tapis, costumes de scène et de liturgie). Une véritable explosion de couleurs et de formes : La perruche et la sirène, bien sûr (elle fait partie de la collection permanente du musée), L’Océanie (L’Océanie, ciel et L’Océanie, mer), Tahiti (Tahiti, ciel et Tahiti, mer), Nu bleu aux bas verts, ou Nu bleu, sauteuse de corde… Ici, on est dans L’oasis de Matisse (titre de l’exposition) proprement dite, ‘le petit jardin’, comme il disait, qui ornait son atelier.

Entre les deux, des salles et des salles remplies d’œuvres de Matisse lui-même (plus d’une centaine), entourées de celles d’artistes qui l’inspiraient ou qu’il a inspirés. Au fil des salles et du temps, on voit Matisse prendre de l’assurance – et la juxtaposition de ces autres artistes, contemporains ou non, permet aussi de découvrir pas mal de parentés. Parfois, c’est une question de lignes, ou bien de couleurs similaires, à moins que ce ne soit le mouvement, la position du modèle, ou le rendu de la matière, des tissus. Il est intéressant de voir comment certains sujets peuvent être ‘dans l’air’ : comme par exemple les odalisques, que ‘tout le monde’ semble avoir peintes quand l’orientalisme battait son plein. Matisse, lui, s’est inspiré des voyages qu’il a faits en Algérie en au Maroc, ne serait-ce que pour les couleurs. Intéressant : après sa mort, il a légué ses odalisques à Picasso, qui s’en est inspiré à son tour. D’ailleurs, parmi ceux qu’a inspirés Matisse, on trouve même des peintres comme Mark Rothko ou Ellsworth Kelly, si étonnant que cela puisse paraître (et Matisse eût probablement été le premier à s’en étonner). Mais Rothko en tout cas répétait à qui voulait l’entendre qu’il admirait Matisse au plus haut point et si on ne retrouve pas chez lui, évidemment, les formes de Matisse, on reconnaît en tout cas les couleurs.

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Mark Rothko, sans titre, 1962, et Henri Matisse, Les poissons rouges, 1912. Photo GJ.vanROOIJ. Malheureusement, les couleurs ne correspondent pas vraiment aux origininaux, bien plus roux/bruns.

A partir de la seconde décennie du 20e siècle, c’est le cubisme qui fait son apparition. Pour certains – comme Mondrian, c’est une étape vers l’abstraction. Matisse aussi s’y est essayé ; il a même peint une Vue sur Notre-Dame qui tend fortement vers l’abstraction – mais pas tout à fait. Il retournera toujours à l’art tant soit peu figuratif, même s’il retourne aussi régulièrement aux figures géométriques. Ainsi, elles forment la base d’une toile comme L’escargot, mais reviennent aussi, et de façon plus marquée, dans les costumes que Matisse a dessinés pour un ballet de Diaghilev, ou dans les chasubles faites pour les prêtres de la Chapelle du Rosaire à Vence. Ces chasubles, telles qu’elles sont exposées, font penser à des danseurs justement. ‘Cette chapelle’, Matisse dira-t-il plus tard, ‘est pour moi l’aboutissement de toute une vie de travail et la floraison d’un effort énorme, sincère et difficile. Je voudrais que tous ceux qui y entreront se sentent déchargés de leurs fardeaux. J’ai créé un espace religieux.’

Bien sûr, les gouaches découpées tiennent une place importante dans cette exposition, pourtant fort différente de celle du Tate Modern de 2014. L’exposition de Londres se consacrait exclusivement aux gouaches découpées, qui ne sont pas toutes aptes à voyager. Mais il y un lien entre les deux expositions. Lorsque le Tate Modern a demandé à emprunter La perruche et la sirène, une des œuvres phares du Stedelijk, celui-ci a bien entendu demandé un service en retour. Lequel fut promis promptement. Là-dessus, Bart Rutten, conservateur en chef du Stedelijk, réfléchissant aux possibilités d’une telle exposition, s’est mis à arpenter son musée  – pour trouver la solution dans la collection même du musée. En effet, la juxtaposition d’une bonne partie de cette collection aux œuvres de Matisse fait des miracles. ‘Et elle permettra au public’, ajoute Bart Rutten, ‘de revoir plus tard ces œuvres et cette collection d’un autre œil.’

Déjà maintenant, ça marche. C’est comme une joie qui s’accumule au fil des salles – pour, je l’ai dit, culminer dans cette grande salle aux gouaches découpées.

Si pendant des années, les principaux musées d’Amsterdam étaient (entièrement ou partiellement) fermés pour rénovation, à présent, le visiteur d’Amsterdam a l’embarras du choix. Et le Stedelijk a des concurrents de taille. La superbe exposition de Rembrandt (Les années de plénitude, jusqu’au 17 mai) et le Musée Van Gogh rénové sont à deux pas, de belles expositions de photos ailleurs dans la ville – et d’autres trésors sont à voir à La Haye (la collection Frick à la Mauritshuis, jusqu’au 10 mai 2015, et à partir du 4 avril 2015 L’École de La Haye au Gemeentemuseum).

Mais, si la plupart des autres expositions valent le détour, Matisse, tout comme Rembrandt, mérite à lui seul le voyage.

Stedelijk Museum, € 20,- jusqu’au 16 août 2015. Cliquez ici pour les renseignements pratiques. /en/visit-us/address-and-directions

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