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Ésaïe 59 : 10
Nous tâtonnons comme des aveugles le long d’un mur,
Nous tâtonnons comme ceux qui n’ont point d’yeux ;
Nous chancelons à midi comme de nuit,
Au milieu de l’abondance nous ressemblons à des morts.

C’est une petite exposition dans un petit musée peu connu. Discret, au bord du Canal des Seigneurs (Herengracht), toujours aussi imposant, aussi bon chic, bon genre depuis le XVIIe siècle. A quelques pas de là, il y a les grands musées de la ville ‑ de l’Amsterdam Museum à l’Hermitage, en passant par le Rijksmuseum et le Van Gogh, pour ne nommer que ceux-là ‑ qui exposent des trésors à qui mieux mieux.

Et là, perdu à côté des « neuf petites rues », se cache le petit musée dont je vous parle. Il se nomme Musée de la Bible (Bijbels Museum). Rébarbatif ? Voire. Il est niché au grenier d’un ancien hôtel particulier, la Cromhout Huis ‑ oui, le nom est celui de la famille qui a fait construire cet hôtel et l’a habité pendant deux siècles. Et pourtant, aussi discret et caché qu’il soit, je vous dis d’y aller, de vous y arrêter, de savourer cet endroit où « tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté  ». Pourquoi, chaque fois que je visite cet hôtel Cromhout, Baudelaire me vient-il à l’esprit ?

Si vous arrivez à vous arracher au charme de ces pièces décorées des collections de la famille Cromhout, que vous ayez le courage de monter par les escaliers en colimaçon (mais il y a aussi un ascenseur…), vous tomberez dans un endroit d’une sérénité et d’une sobriété absolue, qui contraste avec la richesse des étages inférieurs. Ça sent le bois nu et le vieux papier. Il y a des Bibles, oui. Il y a des objets de culte, et des œuvres d’art religieux. Vous regardez autour de vous, et puis votre regard s’accroche aux grandes photos sur les murs. Des paysages bibliques, méditerranéens en tout cas. Souvent sereins, parfois agités.

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Esdras 1 : 4 Dans tout lieu où séjournent des restes du peuple de l’Éternel, les gens du lieu leur donneront de l’argent, de l’or, des effets, et du bétail, avec des offrandes volontaires pour la maison du Dieu qui est à Jérusalem.

A côté des agrandissements, des textes de la Bible (en néerlandais et en anglais). Et vous voilà frappés par leur justesse : oui, ces textes rendent parfaitement le contenu des photos. Bien sûr. Encore un petit étage à monter, et voilà d’autres photos, d’autres textes, tirés du nouveau testament comme de l’ancien. Ces photos ont un effet curieux : elles vous aspirent en quelque sorte, vous font pénétrer à l’intérieur de l’image. Vous aurez du mal à détacher votre regard, qui va du texte à l’image et vice-versa, et de découverte en découverte, comme s’il y avait différents niveaux, différentes couches superposées.

Caroline Waltman ‑ artiste à multiples visages ‑ a tirées pour « illustrer » la Sainte Bible façon XXIème siècle, les textes « illustrant » les photos en retour d’ailleurs. Toutes les photos qui n’ont pu être accrochées aux murs sont là en format carte postale, accrochées à une sorte « d’arbre à souhaits » comme on en voit maintenant aux cérémonies (mariage, baptême, anniversaires spéciaux…).

L’ensemble des 609 photos a été publié dans un superbe livre, épais, mais de format assez petit, si bien que bon nombre de photos sont, elles aussi, d’un format réduit. Pourtant, cela a été un choix délibéré, parce que « ce format fait penser à une Bible », explique Caroline Waltman, la photographe. « Nous l’avons choisi parce qu’il transforme le livre en bijou qu’on peut porter sur soi, comme autrefois on portait effectivement la Bible sur soi. On est parti de l’idée que tout ce qui est lié à la religion est souvent considéré comme faisant partie du domaine privé, intime. C’est à cela que le format du livre réfère également. Et s’il y a beaucoup de photos sur ces pages, c’est qu’il me fallait un grand nombre d’images, me permettant de faire revenir certains thèmes bibliques (comme le pain) tout comme la Bible les répète. Ce faisant, je veux brasser large, pour toucher un grand nombre d’aspects de la vie. L’ensemble a grandi de façon associative, tout comme un organisme grandit. L’exposition des agrandissements de ces photos au Musée de la Bible leur a permis d’atteindre la plénitude et de mener une existence indépendante, complémentaire de celle du livre. C’est du moins ma conviction. »

Le site web de Caroline Waltman vous donnera un avant-goût du livre et de l’exposition. Et en même temps, ce site vous permettra de voir à quel point son art est divers, et à quel point elle maîtrise des techniques extrêmement différentes (de l’art graphique à la sculpture, de la broderie à la poésie ou à la photo). Une artiste à suivre..

paradisewillcomCaroline Waltman : Paradise will.com, La Bible en 609 photos et 830 vers. Préfacé par Désanne van Brederode. Berneboek.com, 2016, 400 p, € 29,95.

« Zie mij» (« Regardez-moi »), exposition au Musée de la Bible, jusqu’au 14 janvier 2018. CromhouthuisHerengracht 368, Amsterdam, tlj sauf lundi 11.00 – 17.00 heures.

Original blog:  Vu du Nord http://jacqwess.blog.lemonde.fr/2017/11/12/regardez-moi/

 

 

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