La seconde guerre mondiale, vue d’aujourd’hui/ World War Today

We probably all know at least one of these photos by Roger Cremers, we’ve seen it before – it was part of a series awarded a First Prize by WorldPressPhoto in 2009, it was shown around the globe. These tourists at Auschwitz make us smile – a wry smile, yet a smile: ‘stupid tourists.. So Auschwitz has become a tourist attraction?’- but they also put us ill at ease. And this is the case with all the photos Roger Cremers assembled into a book and an exhibition (World War Today; Verzetsmuseum Amsterdam), showing commemorations as well as tourists as well as enactments at well-known WWII sites: concentration camps (the ‘touristy’ Auschwitz and the ‘hidden’ Sobibor), the beaches in Normandy where the D-Day landings took place, other battlefields (like the steppes around Stalingrad, where voluntary workers exhume a few corpses of the thousands of soldiers who were killed during the battle of Stalingrad) – but also Berchtesgades, Hitler’s eagle’s nest in the Austrian Alps, and meetings of former SS-members… All these intriguing photos finally ask us one question. Where do I stand?

Read my blog about this (in French):

Comment vivons-nous la Seconde Guerre Mondiale aujourd’hui? Plus de soixante-dix ans après la Libération, comment regardons-nous notre passé? Roger Cremers a photographié des touristes à Auschwitz, des acteurs rejouant des scènes de la Libération, des commémorations en Normandie, des bénévoles qui retrouvent, identifient et réenterrent des combattants morts pour la Russie à Stalingrad… Une belle exposition au Musée de la Résistance d’Amsterdam (Verzetsmuseum), qui fait réfléchir, et qui fait naître plus de questions que de réponses. 9200000049273094

Source: La seconde guerre mondiale, vue d’aujourd’hui

Voici l’homme – et la femme

Two extraordinary photo exhibitions, one in The Hague, by a world famous photographer, one in Amsterdam, by two young photographers… Yet they have more in common than meets the eye.

Read my blog on the website of  Le Monde:

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Marlene Dumas by Anton Corbijn

Je l’ai déjà signalé en passant, mais voici donc l’annonce en clair : il y a quelques expositions de photo étonnantes aux Pays-Bas. En fait, il y en a plusieurs (dont au moins trois à Amsterdam), mais j’en mentionnerai deux: celle d’Anton Corbijn à La Haye et celle d’Hadas Itzkovitch et Anya van Lit à Amsterdam.

L’exposition (en fait , il y en a deux, mais comme elle sont dans des musées jumeaux et attenants, je fais comme s’il n’y en avait qu’une) d’Anton Corbijn, on en a déjà beaucoup parlé. Corbijn, qui vient d’avoir 60 ans (raison d’être des expositions), est connu dans le monde entier, comme photographe (de célébrités, surtout) et aussi comme cinéaste à présent. Il en est déjà à son quatrième film – et d’après ce qu’il disait lors de la présentation de ces expositions, c’est là-dessus qu’il va se concentrer dans les temps à venir.

Que pourrais-je rajouter à tout ce qui a déjà été dit ? Ceci d’abord : que c’est l’homme, plus que le photographe, qui m’a surprise de premier abord. Je l’imaginais ‘sûr de lui et dominateur’, pour faire une citation hors de propos. Il n’a qu’à se manifester pour que les portes s’ouvrent, et fait c’est plutôt l’inverse, on fait la queue pour se faire photographier par lui. Et pourtant je voyais un homme modeste, se disant nul sur le plan technique (‘la technique ne m’intéresse pas et je n’y connais rien’) au point de refuser jusqu’à l’épithète de photographe (‘je ne voudrais pas être dans l’annuaire comme photographe – ni comme cinéaste d’ailleurs’).

La photographie, ce n’est pas difficile. Il suffit de choisir les moments.

C’est ce qu’il dit dans la vidéo ci-dessous. Oui, mais, ces choix, il faut savoir les faire… Bien sûr, Corbijn sait très bien qu’il fait des beaux portraits – mais il reconnaît aussi qu’il peut y avoir des ratés, qu’on n’est jamais à cent pour cent sûr qu’on a fait ce qu’on voulait faire. Et il n’est certainement pas de ceux qui, une fois acquis un style, reproduiront à jamais le même ‘truc’ ; en fait, il n’y a pas de truc. Il n’y a même pas un style, ou plutôt, il y en a plusieurs, le style évolue avec le temps, avec l’expérience, les expériences aussi.

Ses photographies sont connues – tout au moins, un certain nombre le sont. Il y a les portraits de musiciens – dont celui Miles Davis, photo-icône de cette exposition – et ceux des autres. Il y a les fameuses photos de ses premières années – le gros grain, le noir-et-blanc, les contrastes – et celles, de sa ‘période bleue’, de style ‘paparazzi’ comme il dit lui-même, suivie d’une série ‘conceptuelle’ (sa définition à lui) d’autoportraits (‘a.somebody’) pour lesquelles il pose en star du passé, et par des portraits d’artistes-peintres et d’écrivains, plus réflexifs, je dirais. C’est beau et c’est impressionnant de voir les clichés tant agrandis.

A première vue, cette exposition de Corbijn n’a rien à voir avec celle, petite, intime et jolie qui s’intitule ‘I believe I am gay’ (‘je suis gay, je crois’) au Musée de la Bible d’Amsterdam. Les deux photographes – l’une israélienne, l’autre néerlandaise – qui exposent cette série sont femmes et jeunes, les personnes photographiées inconnues (et volontairement anonymes pour la plupart), les photos sont en couleurs. Et pourtant. Dans les deux cas, il s’agit de portraits dont les sujets ont posé pour le photographe, parfois avec un objet-symbole. Dans les deux cas, cela donne un côté artificiel, qui est peut-être un peu plus accentué dans l’exposition ‘I believe I am gay’ – mais c’est voulu, j’y reviens. Et dans les deux cas, que le sujet regarde ou non la caméra, il a une présence et une proximité impressionnantes.

I BELIEVE I AM GAY

Je suis gay, je crois

C’est encore plus marqué dans les portraits que Hadas Itzkovitch (1977) et Anya van Lit (1968) exposent à Amsterdam. Pourquoi au Musée de la Bible ? Parce que le ‘je crois’ du titre a un double sens. Non seulement il se réfère à l’homosexualité reconnue, mais aussi à la religion. Tous les hommes, toutes les femmes dont les portraits ornent les murs de ce beau petit musée au bord d’un canal (avec un superbe jardin, soit dit en passant), tous ces personnages semblent dire : ‘Regardez-moi, je suis qui je suis et je crois ce que je crois. Que je sois chrétien(ne), juif/juive, musulman(e) ou autre chose, je ne renie ni ma religion, ni ma sexualité, au contraire, je les revendique.’ L’objet-symbole qui les accompagne dans chaque portrait accentue le côté artificiel de la pose, mais par là même il évoque une certaine ressemblance avec les portraits peints des siècles passés. Le regard des personnes photographiées m’a même rappelé le regard de certaines personnes dans la grande exposition Rembrandt, à deux pas de là…

Pourquoi ces portraits, et pourquoi cette exposition ? Aucune des deux photographes – qui confient d’emblée qu’elles forment un couple – n’est croyante. Et c’est justement parce qu’un jour elle se sont dit qu’elles ne connaissait aucun croyant dans leur entourage, qu’elles se sont mis à la recherche d’homos qui le soient, eux. Et en fait, de fil en aiguille – un tel connaissait une telle, et ainsi de suite – elles les ont trouvés assez facilement. Et elles ont pu en convaincre un certain nombre de poser devant leur caméra.

L’exposition – qui s’accompagne d’un beau livre – va vraisemblablement voyager. Elle mériterait d’être vue en France aussi.

Anton Corbijn, Hollands Deep et 1,2,3,4 , Gemeentemuseum/Fotomuseum, La Haye. Jusqu’au 21 juin 2015.

Hadas Itzkovitchet Anya van Lit, I Believe I Am GayMusée de la Bible,  Herengracht 366-368 Amsterdam. Jusqu’au 14 juin 205. Livre: ISBN : 9789082347807. Publié par Itzkovitch&Van Lit. €33,-. Pour commander: ibelieveiamgay@gmail.com